Deux histoires. Bonne évocation de ce que fût l'internement des réfugiés républicains en hiver 1939 sur la place d'Argeles. Un beau portrait du personnage d'Ines. Très touchant. Le second texte est incroyable. Il est d'ailleurs tiré d'un fait réel. Parricide... Eugénisme... sous la seconde République espagnole. Une écriture directe qui va droit au but. Des textes écrits pour être joués au théâtre.

Un ravissement !

J'y étais sur la plage d'Argelès avec la République espagnole en exil, à une époque que je n'ai pas connue . J'ai même pu incarner la mère d'Hildegart, si éloignée de moi pourtant. J'étais saisie. Grain de sable emporté par le vent de l'histoire sur la plage de d'Argels sur Mer, ce texte magnifique nous fait revivre la destinée, la retirada d'une femme Républicaine porteuse des idéaux révolutionnaires d'égalité. En écho, le parcours d'une autre féministe enfermée pour le meurtre de sa fille ne satisfaisant pas à son idéal d'eugénisme, ce récit nous questionne par la complexité de ce personnage, de ses idéaux et ses dialogues imaginaires avec les vainqueurs, l'état et la religion. 

 

"Dans deux récits à la première personne, l'autrice nous emmène dans les pensées de deux femmes diamétralement opposées, en lien avec l'Espagne franquiste. Dans "Le Cahier", Inès, qui a fui l'Espagne, raconte dans un cahier la vie dans un camp de réfugiés en France, le tout destiné à son petit garçon qu'elle espère revoir un jour.
On y voit la crasse, la misère, la malveillance des représentants de l'autorité française envers les Espagnols exilés, mais aussi la solidarité entre exilés. C'est une femme indépendante et instruite, mais qui a aussi profondément aimé le père de son enfant, mort prématurément, et qui espère un jour retrouver son fils.

Dans "Le projet Hildegart", inspiré d'un fait divers qui a secoué l'Espagne, nous plongeons dans la tête d'Aurora Rodriguez Carballeira, femme surdouée, qui a tué sa fille de 18 ans, Hildegart, qu'elle voit comme un projet raté. Tout au long du monologue, Aurora s'adresse à une poupée qu'elle a fabriquée. Fervente eugéniste mais aussi féministe, désireuse de créer une femme nouvelle et autosuffisance, elle considérait son enfant comme son œuvre: l'ayant élevée seule, elle a éduqué sa fille dans des principes eugénistes, en plaçant la barre intellectuelle très haut. Or sa fille a failli. Le récit glaçant d'une mère assassine s'estimant dans son bon droit. 

 Un livre d'une centaine de pages, écrit par Catalina Gimenez, avec son cœur et son âme. L'artiste aux multiples facettes, passeuse de "Mémoire", présente deux textes, dans son œuvre littéraire, qui sont deux monologues écrits pour le "Théâtre", pour être joué sur scène, intitulés « Le Cahier », et « Le Projet Hildegart ». Dans le Cahier, du 15 février 1939, au 1er avril 1939, une jeune républicaine nous fait vivre son chemin de misère où elle se trouve, dans un camp de concentration, sur la plage d'Argelès-sur-Mer, en France. Elle écrit un journal à son fils Luisito, où elle évoque son combat, ses propres secrets, et toutes les misères qui se passent dans ce camp (très émouvant, et détaillé), qui ne laisse pas indifférent ! Dans le projet Hildegart - Il s'agit du monologue d'une mère parricide eugéniste. En 1945, c'est d'une chambre psychiatrique de Madrid, qu'Aurora Rodriguez Carballeira s'adresse à Pépita, "sa poupée en chiffon", ainsi qu'à des interlocuteurs invisibles (juges, psychiatres), qui l'on jugée et condamnée pour meurtre (ce qu'elle n'accepte pas). Sa fille Hildegart, qu'elle avait créé (un modèle de femme universel), elle la supprime le 9 juin 1933, de plusieurs coups d'une arme achetée au Rastro (marché aux puces). Ce monologue elle le raconte à sa chère Pépita (sa poupée), avec beaucoup d'application, de justesse, de précision, mais aussi d'amour. Un livre à lire et à relire, pour bien s'en imprégner, le comprendre, l'assimiler, parfois agressif, mais tellement touchant. Il serait de bon ton, de le faire vivre au théâtre, avec sa créatrice ! 

Prenant et passionnant !

Pour le Cahier - Dans ce poignant journal de bord, l'autrice nous plonge au cœur de l'histoire des camps d'Argelès et, par-delà les barbelés et les souffrances, explore l'essence de l'espoir et de l'amour maternel. L'héroïne, une mère courageuse, incarne la résilience et la détermination face à l'adversité. Les descriptions des conditions inhumaines dans les camps d'Argelès nous rappellent l'horreur de cette époque sombre de l'histoire, mais l'autrice parvient à tisser une lueur d'espoir au milieu de l'obscurité.

L'histoire de cette mère cherchant à retrouver son fils perdu en Espagne est un récit universel de séparation, de perte et de persévérance. L'écriture est poignante, émouvante, et nous transporte dans un voyage émotionnel profond.

On ressent la douleur de la séparation, la lueur d'espoir qui continue à briller malgré les épreuves, et l'amour inextinguible d'une mère. Cela nous rappelle que même dans les moments les plus sombres de l'histoire, l'humanité peut trouver la force de persévérer et de lutter pour ce qu'elle chérit le plus. En couchant nos pensées sur le papier, sur un cahier, nous préservons notre histoire personnelle et collective, créant ainsi un héritage précieux. Cette dualité de l'écriture, en tant que thérapie et mémoire, enrichit notre compréhension de nous-mêmes et du monde qui nous entoure. 

Projet Hildegart - Chaque mot semble être choisi avec la précision d'un horloger, tissant une trame narrative qui révèle les intrications les plus profondes de l'âme humaine dans tous ce qu'elle a de plus sombre. L'écriture subtile, transcende le temps et l'espace, évoquant chez les lecteurs et les lectrices des émotions universelles : espoir, déception, sidération, dégoût. Bien que l'eugénisme soit le fil conducteur, cela nous invite à célébrer la liberté et la puissance de l'individu qui saura toujours par son libre arbitre et par la rébellion s'émanciper des contraintes sociales, rien n'étant jamais prédestiné, tant la vie est un ensemble complexe, faite de choix, de rencontres, d'aléas et d'expériences qui nous transforment. Chaque être humain mérite le droit à la vie, à la dignité, et à l'égalité sans conditions. La sélection par des caractéristiques génétiques ne peut que déséquilibrer les lois naturelles et perturber le cours de l'histoire, comme l'indique bien le dernier mot de l'histoire : "quel gâchis".
 

Catalina Gimenez - Copyright ©. Tous droits réservés.

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